La narcolepsie

Contribution de Jacques Prestreau, narcoleptique, à Wikipédia, l'encyclopédie libre.

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La narcolepsie est une affection neurologique grave caractérisée par quatre symptômes dont le principal est la présence quotidienne d'épisodes irrésistibles de sommeil et un désordre du sommeil général. C'est une dyssomnie.

1 Prévalence de la narcolepsie

La prévalence de la narcolepsie est estimée à 24 pour 100 000 habitants en Europe (source la plus récente : Cahiers d'Orphanet, n°1, novembre 2011, Prévalence des maladies rares par ordre alphabétique). Cette prévalence varie suivant les continents, donc probablement suivant les ethnies. Mais cette maladie est sous-diagnostiquée pour deux raisons essentielles :
  1. L'insuffisance de connaissances des médecins généralistes dans les pathologies neurologiques, conduisant très souvent à un diagnostic différentiel erroné.
  2. Le nombre de cas légers (mais jusqu'à quand ?) de malades qui s'ignorent... ou qui sous-estiment leurs symptômes et ne consultent donc pas.
Il est ainsi estimé qu'environ 20% seulement des narcoleptiques sont diagnostiqués. La prévalence réelle pourrait atteindre les 120 pour 100 000 habitants.

La cataplexie (voir ci-dessous la définition) n'est pas un symptôme présent chez tous les narcoleptiques. La prévalence de la cataplexie est d'environ 80% des narcoleptiques (je répète : 80% des narcoleptiques, pas 80% de la population).

La narcolepsie touche deux fois plus d'hommes que de femmes. Elle fait son apparition dans la plupart des cas soit à l'adolescence soit vers la quarantaine.

2 Symptômes de la narcolepsie : ensemble appelé la "tétrade"


L'hypersomnolence diurne n'est pas l'unique symptôme de la narcolepsie. Les trois autres symptômes classiques de cette maladie, qui peuvent ne pas survenir chez tous les patients, sont :
Les hypersomnolences et les accès de cataplexie peuvent être très handicapantes, peuvent réduire voire empêcher toute activité professionnelle ainsi que de nombreuses autres activités. Les malades sont parfois amenés à un isolement social de plus en plus important. Il n'est pas rare que la narcolepsie soit une cause de dépression nerveuse subséquente.
Par ailleurs ces hypersomnolences et ces accès de cataplexie font que la narcolepsie est inscrite sur la liste des maladies interdisant la conduite automobile.
La maladie est parfois très tardivement diagnostiquée, parfois après plusieurs années d'évolution, au point d'être malheureusement confondue par les généralistes avec une maladie neuropsychiatrique (dépression nerveuse, épilepsie, schizophrénie, hystérie)... voire avec purement et simplement de la paresse. En effet la "bizarrerie" des symptômes, souvent atypiques, déroute parfois les médecins généralistes, ainsi que l'entourage du malade. Sans compter que le malade lui-même hésite parfois très longtemps avant de consulter en raison de la nature mentale de ces symptômes.

3 La différence entre le sommeil nocturne d'une personne normale et celui d'un narcoleptique

Normalement quand un individu est éveillé les ondes électriques du cerveau émises par les neurones du cortex et observées sur un tracé EEG (électroencéphalogramme) montrent un rythme régulier de 8 cycles par seconde (8 Hz) lors d'un état tranquille à plus de 100 cycles par seconde (100 Hz) lors d'une activité intense.

Quand une personne normale s'endort ces ondes électriques du cerveau émises par les neurones du cortex changent de rythme et d'ampleur. Lors d'une nuit de sommeil le cerveau passe plusieurs fois par 4 phases différentes (les trois que nous allons décrire, plus de multiples moments très brefs de "micro-réveil"). Au moment de l'endormissement survient une phase de sommeil lent léger (de 3 à 7 Hz, ondes peu amples) accompagnée d'une relaxation musculaire progressive du corps, puis une phase de sommeil lent profond (0,5 à 2 Hz, ondes très amples) accompagnée d'une relaxation musculaire importante du corps, ce qui montre la profondeur de l'état de sommeil mental et de l'état de sommeil physique. La personne normale s'endort en environ 15 minutes, durée que l'on nomme la "latence à l'endormissement". Environ 90 minutes plus tard, et très rarement avant 45 minutes, chez la personne normale les ondes cérébrales entrent soudain dans une activité plus rapide, quasi identique au sommeil lent léger (de 3 à 7 Hz), mais avec une absence totale de tonus musculaire, une respiration irrégulière, des variations brusques de la pression artérielle, des mouvements très rapides des yeux (généralement dans le sens horizontal), et il y a souvent une érection des zones érectiles : pénis chez l'homme, clitoris et mamelons chez la femme. Or malgré cette activité physique brusquement intense la personne dort toujours aussi profondément et le réveil est difficile ! C'est le Professeur Michel Jouvet qui a découvert cet état du sommeil appelé à juste titre "sommeil paradoxal". C'est lors de cette période que se produisent le plus fréquemment des rêves.

L'ensemble de ces phases successives forme un cycle de sommeil. Il se produit plusieurs cycles de sommeil, de durée identique mais de profondeur décroissante, lors d'une nuit de sommeil. Et la phase de sommeil paradoxal est de plus en plus longue à chaque fin de cycle, pouvant atteindre 15 à 20 minutes à la fin du dernier cycle de sommeil en fin de nuit.

La description complète de l'état physiologique du sommeil est disponible à cette page. Nous n'en faisons ici qu'un bref rappel pour bien comprendre les lignes qui suivent.

4 Causes de la narcolepsie

Les causes de la narcolepsie sont encore mal connues.
La narcolepsie peut être associée avec une amygdale cérébrale endommagée.

Une protéine du cerveau a été découverte en 1998 simultanément par deux équipes, l'une japonaise et l'autre américaine. La présence de cette protéine créée dans l'hypothalamus est fortement diminuée chez un grand nombre de patients narcoleptiques au point de devenir indétectable dans les analyses biologiques de certains d'entre eux. Cette protéine impliquée est nommée hypocrétine ou orexine.

La narcolepsie est parfois familiale ; ce qui conduisit très tôt à émettre l'hypothèse de désordres génétiques héréditaires. Par ailleurs il est devenu courant de dire que la narcolepsie, qui peut rester sous-jacente les premières années, apparaît soudain à un certain âge à l'occasion de contextes environnementaux particulièrement stressants, un événement lié à une forte émotion (dépression, deuil ou au contraire grande joie, naissance d'un enfant) pouvant devenir le déclencheur qui éveille la phase pathologique de la maladie.

On retrouve aussi chez environ 80% des narcoleptiques une altération d'un voire deux gènes (et peut-être plus : marqueurs HLA DR2, HLA DQB1*0602, HLA DQB1*0301, B1*0407, B1*0501, DQA1* 0102...) du système HLA. Une anomalie génétique variant suivant le type ethnique (essentiellement DR2 - DQB1 chez les européens). L'hypothèse forte d'une pathologie auto-immune pour la narcolepsie se pose donc et c'est le but de certaines recherches actuelles. D'autres gènes, étrangers au groupe HLA, pourraient aussi être liés à certaines formes de la narcolepsie.

Le contrôle neuronal des états du sommeil normal et les relations avec la narcolepsie ne sont que partiellement compris. Chez l'être humain, le sommeil narcoleptique est caractérisé par une tendance à s'endormir très abruptement à partir de l'état d'éveil, et ce à de nombreux moments de la journée et de façon irrépressible. Les changements dans le système locomoteur et le système proprioceptif impliquerait l'acétylcholine.

Des recherches sont actuellement en cours à l'Unité U628 de l'INSERM sur une possible origine de la narcolepsie et des hypersomnies liée à un défaut de production d'histamine.

5 Traitement

Les traitements existants à ce jour visent seulement l'apaisement des symptômes et non la cause.

Contre le symptôme de l'hypersomnolence les traitements actuels sont des molécules éveillantes comme le modafinil (Modiodal®) ou stimulantes comme le méthylphénidate (Ritaline® en France, Rilatine® en Belgique), ou la méthamphétamine.

Contre le symptôme de la cataplexie ce sont essentiellement des molécules ayant un rôle inhibiteur de la recapture de la noradrénaline et/ou de la sérotonine et/ou de la dopamine. Donc des médicaments connus par ailleurs pour leur rôle antidépresseur (clomipramine, imipramine, ou protryptiline, venlafaxine).

D'autres médicaments visant les propriétés du système immunitaire sont à l'étude.

L'acide gamma-hydroxybutyrique (GHB) (Gamma-OH), commercialisé sous le nom de Xyrem® est depuis peu disponible aux médecins, y compris en France exclusivement dans le cadre d'une Autorisation Temporaire d'Utilisation (ATU) et sous surveillance hospitalière. Hors du traitement de la cataplexie il ne peut être utilisé en France que comme anesthésiant par les hôpitaux. Cette molécule, dont l'utilisation quotidienne est contraignante (une première prise au coucher au moins trois heures après le dîner, une seconde prise 4 heures plus tard dans la nuit) améliore la qualité du sommeil nocturne, et son spectre d'action se concentre essentiellement dans le traitement de la cataplexie. Mais cette molécule, découverte dans les années 20 et utilisée dans les années 60 lors des recherches du Pr Henri Laborit sur le GABA est aussi une drogue à fort pouvoir addictif, appelé la "drogue des violeurs", utilisée par certains délinquants sexuels, car elle entraîne une euphorie de leur victime, avec consentement sexuel !... et suivi de la perte de mémoire des faits récents ! Seule la dose administrée fait la différence entre ces deux utilisations, thérapeutique ou illégale. Son utilisation, même normale dans le cadre thérapeutique, est donc dangereuse en cas de maîtrise insuffisante par le patient et nécessite une surveillance importante. A noter que le Xyrem® est conditionné en liquide avec un excipient salé pour ne pas être utilisable de façon délictueuse sur une victime.

Rappelons qu'à ce jour aucun des traitements de la narcolepsie n'a d'action sur les causes de la maladie. Tous ces traitements actuellement connus ont pour rôle uniquement de soulager les divers symptômes de cette maladie extrêmement complexe.

Dans de nombreux cas des siestes organisées peuvent réduire la nécessité du traitement ou améliorer son efficacité. Dans tous les cas la pratique des siestes qui ne doivent pas dépasser 20 minutes ou des "sommeils flash" est recommandée. Mais pour beaucoup de malades, la pratique de ces siestes est insuffisante et la maladie reste lourdement handicapante. Surtout quand aucun de ces traitements ne s'est avéré efficace. Ce qui est mon cas.

Quelques liens très utiles







© Jacques Prestreau, 2006 à 2011