L'éclipse du 11 août 1999


Un moment inoubliable

Je suis arrivé dans la nuit à Perthes, un tout petit village de 300 habitants sur une petite route départementale entre Reims et Charleville-Mézières dans les Ardennes, exactement sur la ligne de centralité.

A midi, au moment de l'éclipse, il y avait à peu près 20 à 30 000 personnes sur le site prévu de 2 hectares entre Perthes et Juniville. Des centaines et des centaines de voitures, des cars de touristes du monde entier, étaient rassemblés en un immense parking au milieu des champs.

Malgré la position que j'avais choisie un peu à l'écart des foules, j'avais tout de même pas mal de personnes autour de mon télescope.

Mon petit télescope Maksutov Bresser 100/1000 était monté sur un pied équatorial. La mise en station avait été faite dans la fébrilité une heure seulement avant le premier contact à cause du temps peu engageant, mais la confiance était au rendez-vous. On croisait les doigts...
En attendant le début du spectacle, je voyais la foule commencer à envahir le champ.
A plusieurs reprises j'eus l'occasion de distribuer des lunettes pour les curieux et du filtre Baader pour les astrophotographes de circonstance...

Un Canon EOS 100 à télécommande infrarouge était monté au foyer du télescope, et mon vieil Olympus OM30 avec lequel j'ai réalisé mes plus belles photos de nébuleuses était sur un simple pied avec un téléobjectif de 600 mm.

Quelques bouteilles d'eau et une bonne dose d'angoisse et de patience complétaient l'ensemble.

Durant toute la première partielle, la couverture de strato-cumulus était épaisse, sombre, mais laissait de temps en temps passer de somptueux rayons de soleil. Tout s'annonçait donc plus optimiste que ne le laissait envisager Météo-France sur la région des Ardennes.

Dans les dernières minutes qui ont précédé le deuxième contact (début de la totalité), une bonne partie du ciel était bleue, malgré les nombreux strato-cumulus encore présents. Le Soleil s'était complètement dégagé par endroits et le moral était au beau fixe.

J'avais du monde autour de moi et les curieux regardaient dans mon télescope à tour de rôle. Je m'accordais tout de même suffisamment de temps pour les photos.

Plus le ciel se dégageait et plus les enfants étaient turbulents, tournant dangereusement autour des instruments. Mais un gentil rappel à l'ordre et un minimum de pédagogie me permettait de les intéresser suffisamment au spectacle qui se préparait au-dessus de leurs têtes.

Une minute avant le début de la totalité, le ciel devint bleu sombre, outremer à travers les trouées de nuages, avec un dégradé vers le bleu ciel en descendant vers l'horizon.. Une merveille ! Pour un peu on se serait cru en croisière un soir sur l'Atlantique...

Quelques secondes avant le premier solitaire, le ciel était devenu si sombre que je ne voyais même plus l'afficheur à cristaux liquides de mon appareil photo. Autour de moi l'émotion commençait à monter au même rythme que l'obscurité qui s'installait.

Tout en prenant mes photos, je sentais la fébrilité monter !

Le fin croissant, devenu aussi brillant qu'un arc électrique, diminua soudain très rapidement et un crépuscule d'une beauté irréelle tomba sur nous. Je me retournais et montrais avec émerveillement les ombres volantes qui semblaient faire flotter le sol à nos pieds. L'instant magique allait arriver dans quelques secondes !

Le fin croissant s'est alors réduit très rapidement à un simple point d'une brillance aveuglante : le Solitaire !
Tout autour de moi s'élevaient des "Ah !", des "Oh !" Des "Oh Mon Dieu !" Et des clameurs et des cris de joie...

FABULEUX !!!!

Là-haut, au-dessus de nos têtes, le Solitaire disparut en à peine une demie-seconde, et comme une soudaine explosion de lumière dans la nuit, la couronne solaire apparut derrière le disque noir de la Lune comme un immense phare s'allumant brusquement. La couronne s'étalait là devant nos yeux, en un spectacle immense, majestueux, d'une infinie beauté.
Au loin j'entendis à deux cents mètres un gigantesque Ooohhh !!! d'émerveillement qui montait soudain de la foule, et des applaudissements extraordinaires...
Je lançai à la volée "Enlevez vos lunettes ! Enlevez vos lunettes ! Regardez !" en pointant du doigt ce spectacle unique.
Puis je repris mes esprits... et déclenchai le chrono.

J'étais plongé dans la nuit totale comme lorsque je regarde Jupiter et ses bandes nuageuses ou la Nébuleuse d'Orion et ses volutes d'hydrogène interstellaires. Avec une fièvre en plus, et des larmes que j'avais bien du mal à retenir !
Il faisait froid et je m'aperçus que j'avais la chair de poule sur les bras. Un rapide coup d'oeil au thermomètre m'indiquait une baisse de température de près de cinq degrés, et la température dégringolait encore !
L'émotion était à son comble. Je pleurais de joie. Difficile de se concentrer dans pareille circonstance !

Je laissai une dizaine de personnes, surtout des enfants, regarder le Soleil en direct au télescope. Il y eut des cris de surprise et des pleurs d'émotion !
Rien qu'à l'oeil nu on voyait distinctement toute la couronne s'étalant d'un gris argentée métallique, presque platine, et des petites protubérances rougeâtres de chaque côté du disque luni-solaire !
Pendant ce temps je montrai du doigt 3 petits points très brillants de part et d'autre du Soleil : Mercure, Vénus, et Sirius ! Procyon était caché derrière un petit nuage. Mais qu'importe, le spectacle était fascinant !

A l'oeil nu le spectacle était aussi beau qu'au télescope !

Exactement au bip de mon chronomètre, je vis un petit flash rosacé bref annonçant très vite le retour violent de la lumière du Soleil. Je retirai l'oeil de l'instrument avec regret. Deux secondes plus tard apparut brutalement dans le ciel le second Solitaire. La Lune cette fois-ci encore ne resterait pas accrochée devant le Soleil, n'en déplaise aux prophètes de malheur.
Les gens autour de moi étaient fascinés. J'ai crié "Remettez vos lunettes ! Remettez vos lunettes !" Les enfants obéirent avant leurs parents.
Le croissant grandissait déjà à une vitesse vertigineuse ! Très, très vite le ciel repris une couleur plus commune. Le jour réapparaissait !
Au loin les cris de joie et les applaudissements n'en finissaient pas ! Un vrai concert de mains accompagnait le retour du Soleil. C'était un moment d'émotion intense, incroyable ! Une véritable communion partagée !
Ces deux minutes quinze secondes de rêve avaient eu plus de valeur que tous les spectacles artistiques de toute ma vie.


La météo de l'éclipse

Je donne ici mon interpétation des effets remarqués de l'éclipse sur la couverture nuageuse.

Lorsque l'ombre totale de la Lune passe, on assiste à un refroidissement local à l'altitude supérieure de la couverture nuageuse, une inversion des températures entre les basses couches et les hautes couches de l'atmosphère. L'air au sommet de la colonne devient plus froid que l'air à la base de la colonne. Du coup l'air de basse altitude se retrouve plus chaud que celui de haute altitude. L'air de basse altitude va alors rapidement monter (ce qui au passage explique également le brusque refroidissement de l'air au sol) et dissiper la couche nuageuse.

Cela s'accompagne d'une variation importante des pressions entre celle au sommet des nuages et celle au sol, le passage de l'ombre au-dessus d'une trouée nuageuse intensifiant la pression barométrique de basse altitude tout en entraînant une chute des pressions en haute altitude.

Ce phénomène est en général à l'origine d'une légère activité anticyclonique locale (microclimat) au lieu exact de l'éclipse et dans la trace qui suit sur quelques kilomètres après le passage de la totalité.

Cette activité anticyclonique a tendance à repousser l'air vers l'extérieur de la colonne. Donc le vent qui auparavant soufflait du nord-ouest change brutalement de sens et circule maintenant à la base de la colonne, au sol, dans le sens provenant du sud-est, ce qui au passage accentue encore la baisse de température.

Il faut un certain temps pour que les masses d'air se déplacent dans le sens vertical, ce qui explique le décalage asynchrone de l'ordre de plusieurs minutes entre l'éclipse puis le minimum de température et enfin le changement de couverture nuageuse juste après le passage de l'ombre. Généralement l'arrivée de l'ombre s'accompagne donc d'un dégagement local, et le microclimat qui accompagne l'ombre est souvent générateur d'une recrudescence de la formation nuageuse dans la demie-heure qui suit. La zone de turbulence importante laissée dans son sillage ramène avec force la dépression au niveau du sol, et les vents reprennent leur tendance normale, mais avec plus de vigueur.

Je vous conseille d'aller voir sur la page perso de Pierre Pallier un relevé des températures très représentatif d'une éclipse se produisant au-dessus d'un ciel un peu couvert.


Allez faire un petit tour sur la page des photos.

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